Préparation pour la monnaie communautaire BARA !

ECRIT PAR hassan le 25 mai classé dans La nouvelle expérience au Burkina Faso

Enfin on commence à voir poindre à l’horizon la nouvelle monnaie communautaire africaine ! 14 ans après mon initiative au Sénégal ! C’est donc au Burkina Faso, en pleine liberté, en ne dépendant d’aucune structure autre que celle que nous avons créé, l’Orange Bleue Afrique,  qu’elle sera lancée ! Avec un groupements de 450 producteurs et plusieurs groupements féminins de la région de la Kossi. Tous enthousiastes et impatients de tenter cette aventure !

Nous nous réjouissons d’avance de présenter dans quelques semaines leur nouvelle monnaie communautaire à nos collègues du Burkina Faso ! Sur papier cartonné et plastifié !

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BARA signifie TRAVAIL en Dioula. C’est lors d’un brainstorming avec les paysans lors d’une formation au micro-crédit que nous avons choisi le terme BARA comme nom de la monnaie locale.


Les monnaies communautaires : un levier pour lutter contre la pauvreté en Afrique

ECRIT PAR hassan le 11 mai classé dans SEC en Afrique

Relancer les échanges et l’économie locale, redonner à tous les moyens de participer au développement..Tout en économisant ses francs CFA,  c’est possible !

A l’heure où le système bancaire mondial a montré ses limites, où les logiques de dépendance économiques et financières précarisent encore plus les populations africaines, il est temps de sortir des discours dénonciateurs, des analyses théoriques critiques pour trouver des solutions concrètes et applicables sur le terrain.

Il est vital de remettre à jour des expérimentations qui peuvent redynamiser et autonomiser les économies locales. La création des monnaies associatives complémentaires, à valeur d’usage, gérées directement et localement par les communautés peut constituer un levier de mobilisation, là ou l’argent est absent, là ou la pauvreté est la plus crue : là ou même le micro-crédit reste inaccessible.

Le Système local d’échanges communautaires peut revitaliser des villages, transformer des quartiers, permettre la création d’universités populaires, dynamiser les échanges économiques, et constituer un tremplin vers les autres dispositifs qu’il ne remplace pas : micro-crédit et autres financements conventionnels.

Les systèmes locaux d’échanges communautaires compensent avec un mécanisme simple la sous-liquidité monétaire dramatique des économies africaines. A ce titre, ils peuvent constituer une alternative dynamique et locale à la dépendance et la paupérisation galopante.

Les constats

On est étonné de découvrir, jusqu’au coeur de la brousse la plus éloignée, dans des environnements encore traditionnels, la tyrannie extraordinaire du billet de banque. Ici plus qu’ailleurs, celle-ci se fait sentir au quotidien. L’épine de son manque torture cruellement des millions de familles, qui n’ont ni caisse d’allocation familiale, ni sécurité sociale, ni allocation chômage, ni retraite.

Pourtant ces familles doivent scolariser des  enfants, se soigner, acheter des aliments,  alimenter la mobylette en carburant, payer les loyers. Il faut avoir vécu au jour le jour le quotidien des modestes familles africaines pour comprendre leurs difficultés et la prodigieuse ingéniosité qu’elles doivent déployer pour maintenir la tête hors de l’eau. Le plus souvent elles survivent grâce à des chaînes informelles de crédits/dettes qui n’en finissent plus. Cette situation fait la prospérité des usuriers, et la désespérance des populations paupérisées.

On ne peut manquer par ailleurs d’être surpris par les milliers de jeunes désabusés qui se retrouvent à partager le thé des journées entières, et qui se plaignent d’être “sans moyens”. Tandis qu’autour d’eux et dans leur quartier tout est à faire : nettoyage des rues, remblayage, assainissement, constructions communautaires, jardins, reboisement…

Quels leviers d’action ?

Qu’avons-nous à proposer à ces jeunes ? Se mobiliser bénévolement ? Obtenir un petit fond local auprès d’une ONG, lequel fond suffira à peine à répondre aux dépenses de base du projet ?

Les solutions existantes semblent toujours dépendantes de moyens financiers externes. Toujours la tyrannie du billet de banque ! Même les organisations militantes, les ONG et les associations engagées pour la souveraineté africaine fonctionnent, quoiqu’elles disent,  et en dépit de ce qu’elles disent, sur des financements extérieurs. S’appuyant sur des réseaux de notables et de pairs, elles déploient ainsi des stratégies d’accaparement des financements, qu’elles redistribuent parcimonieusement aux populations.

Il apparaît important d’inventer AUTRE CHOSE. De mettre à jour des leviers d’action qui permettent de mobiliser  la force, la bonne volonté, l’énergie, les compétences de populations acculées à la résignation par défaut d’argent. Tout ce potentiel reste en friche, et c’est un scandale.

Agir autrement

C’est ce constat, qui en 1997, m’a inspiré l’idée de tenter une expérimentation originale. J’ai été très engagé dans l’administration de plusieurs systèmes SELs en France au début des années 1990. J’ai eu la chance de rencontrer l’infatigable Michel Tavernier, qui, à un âge avancé, militait avec enthousiasme pour l’appropriation par tous de systèmes monétaires alternatifs.

J’ai travaillé ensuite avec l’économiste Philippe Engelhard et le sociologue sénégalais Emmanuel Ndione pour affiner les idées et les adapter au contexte africain. Nous avons pu rencontrer Jean Képaou, un innovateur social camerounais, qui avait engagé des actions de création d’une monnaie locale coopérative dans son pays au début des années 90.

Nous nous sommes appuyés aussi sur les exemples de monnaies communautaires locales anglo-saxonnes, en particulier les expériences de Michael Linton. Enfin nous avons lancé l’expérimentation avec un groupement de femmes engagées au sein du Réseau des caisses d’Epargne et de Crédit de l’organisation Enda Graf. Celles-ci se sont montrées très réceptives, et ont partagé une dynamique de recherche-action collective originale.

En quelques mois l’initiative s’est enrichie de plusieurs centaines de membres. Elle a donné lieu à des marchés réguliers, des échanges actifs et des formations. L’expérimentation a été un succès, mais n’a pu être consolidée faute de moyens.

Trouver les financements pour une telle initiative relève de l’exploit, d’autant que ceux qui pourraient être les plus ouverts à ce type d’action, et qui dénoncent à tour de livres et de discours l’économisme dominant, sont souvent les plus frileux dès qu’il s’agit de penser autrement et concrètement les rapports à l’argent. Accaparés eux-mêmes par l’esprit d’accumulation et illusionnés par la rhétorique, ils sont rétifs à un changement réel de paradigme, et ne peuvent se départir du tropisme commun qui cautionne le pouvoir arbitraire de la finance.

Après quelques années, et la création de l’Orange Bleue Afrique, j’ai décidé de remettre ce chantier à jour. De plus la crise financière, économique, et sociale confirme l’intérêt et la pertinence de tels systèmes. Plus que jamais les populations ont besoin de leviers, de moyens, qui leur permettent de produire de la richesse locale. Hors les moyens sont là, en chacun et en tous. Ces populations disposent de trois éléments extraordinaires : le besoin, l’énergie et le temps. Il suffit d’adjoindre un activateur : c’est le rôle du système des échanges communautaires.

L’expérimentation va commencer en en Juillet 2010. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues !

Hassan Aslafy

L’expérience sénégalaise à Enda Graf

ECRIT PAR hassan le 11 mai classé dans SEC au Sénégal (1996 à 1999), SEC en Afrique


On trouvera pour ceux que cela intéresse, la présentation de cette aventure dans cet article de la revue Silence, parue dans le numéro d’Août 1999.

On peut lire et télécharger l’article ici

Exemple de bons d’échanges utilisés à Dakar

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Témoignage, 1ère partie

ECRIT PAR hassan le 11 mai classé dans Mon témoignage

En hommage à Michel Tavernier…

En rentrant d’Afrique de l’Ouest, en 1994, après y avoir passé 14 ans dans le sillage de Pierre Rabhi et de l’expérience du Centre Agroécologique de Gorom Gorom, je me retrouve presque par hasard au CIEPAD, près de Montpellier, alors que s’y tient une rencontre qui sera déterminante pour le lancement des Sels en France…

En 1995, je participe au lancement du Sel de Perpignan, et à la mise en place du système alors balbutiant, aux cotés de Daniel Fargeas et de quelques autres pionniers en la matière. Il y a alors une grande effervescence, et d’aucuns soutiennent que ce système pourrait bien changer le monde ! Déjà Ignacio Ramonet annonce le grand soir dans le monde diplomatique et la révolution sociale imminente !

Je m’efforce, dans cette étape des premières formulations des systèmes SELs, de faire référence à Ithaca et de promouvoir la création d’une véritable monnaie locale, géré par un collectif associatif.  Mais une levée de bouclier général me permet de comprendre que l’ombre de la peur de l’état s’étend très profondément dans l’esprit de mes collègues. On m’évoque les services fiscaux… et de sombres inquiétudes. L’idée qui fait consensus est  plutôt d’éviter le plus possible de faire penser à une monnaie, d’utiliser des pointages d’échanges, et toutes sortes de termes qui contournent la terminologie monétaire et économique.

Passionné par tous les aspects de la question je pousse mes investigations un peu plus loin. J’aboutis rapidement à la rencontre de Michel Tavernier qui me reçois chez lui dans la région parisienne. Quel bonhomme ! Dans ma vie de voyageur passionné de connaissance et de personnalités originales, j’ai certes rencontré beaucoup d’originaux, mais Michel était un des plus émouvants. En dépit de son âge fort avancé, il était d’une jeunesse d’esprit époustouflante, habité d’un enthousiasme contagieux et d’idées aussi créatives, qu’ingénieuses et révolutionnaires…  C’est lui qui m’oriente alors vers les monnaies complémentaires, et Sylvio Gesel dont il m’offre alors presque solennellement le célèbre ouvrage sur les monnaies franches. Michel était en avance sur son temps et voyait poindre les crises à l’horizon. Il se désolait de la timidité des “selistes” qui inhibaient le potentiel révolutionnaire de l’idée de création monétaire, dont ils ne faisaient, à ses yeux, qu’ un usage récréatif  d’animation sociale.

Je partageais à vrai dire son point de vue. Je me suis rapidement rendu compte, notamment en présidant le Sel 66, que les rencontres SELs constituaient de petits réseaux sociaux affinitaires, qui permettaient à un milieu plus ou moins alternatif ou proche de ces sensibilités de se retrouver autour de petits marchés de brocante conviviaux. En quelques mois un groupe de “régulation” plus ou moins cohérent arrivait à se construire, et passait beaucoup de temps à pointer les irréguliers qui affichaient des “débits” faramineux…

Ceci dit j’apprécie l’existence des Sels, mais en tant que réseau de convivialité et d’échanges, sans réelle prise sur l’économie et le changement social. Heureusement depuis peu on assiste à l’avènement d’une nouvelle génération plus radicale, pour lesquels la question du lien social, très en vogue dans la culture socialiste des années 90,  et reprise en coeur par tous les leaders du Sel de l’époque, n’est pas le mobile central d’une alternative. Mais bien plutôt la question de l’injustice sociale, de la citoyenneté économique et de la ré-appropriation de la création monétaire par les collectivités, les communautés et les peuples.

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